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"Je leur dois la vie"

Chantal Grosso, adjointe administrative à l’AP-HM, a vécu un parcours hors du commun pour réchapper d'une grippe H1N1. Elle a souhaité raconter son histoire pour rendre hommage aux héros qui l’ont sauvée. Témoignage atypique d’une salariée de l’AP-HM soignée à l’AP-HM.   
 
Lorsque tous les repères sont ébranlés par la maladie, que l’on ne maîtrise plus son corps devenu soudain si vulnérable, on s’en remet tout entier à celles et ceux qui nous entourent, et le moindre détail revêt une importance considérable.
Un geste, quelques mots de réconfort, une plaisanterie, de petites marques d’attention et d’empathie peuvent faire la différence en redonnant un peu d’espoir et d’énergie. Chantal Grosso, adjointe administrative à l’AP-HM, en sait quelque chose. Il y a maintenant quatre ans elle est « passée de l’autre côté », comme disent les employés de l’hôpital qui se retrouvent eux-mêmes hospitalisés.

Atteinte de la grippe H1N1, elle est transportée aux urgences de Saint-Joseph, puis à la clinique Bouchard et enfin transférée dans le service de Réanimation médicale, détresses respiratoires - Infections sévères à l’Hôpital Nord. En quelques heures ses poumons se sont détériorés et n’assurent plus une oxygénation suffisante.

« Je n’arrivais plus à respirer, comme si un clapet s’était fermé dans ma gorge. »

Chantal est placée sous coma artificiel pendant un mois. Elle s’en souvient comme d’un cauchemar dont les scènes qu’elle a gardées en mémoire sont encore très vivaces. Pendant 15 jours, son état nécessite une oxygénation par membrane extracorporelle. Lorsqu’elle se réveille en réa où elle restera un mois supplémentaire, elle ne peut ni bouger ni parler. Elle est seulement à même de cligner des yeux.

« Je n’avais plus aucune notion du temps, ne distinguais plus les jours et les nuits. Mais j’ai vu un infirmier pleurer de me voir éveillée, ça m’a énormément touchée ».

L’équipe de soins devient son principal soutien, elle se raccroche à sa présence bienveillante comme à une bouée de sauvetage :

« Quand je voyais les soignants arriver, pour moi ils étaient des héros, des anges-gardiens. Ils me tenaient par la main, me parlaient… Le Pr Papazian et le Dr Forel passaient tous les soirs, parfois très tard. Ils prennent le temps de parler, d’expliquer. C’est important de se sentir considérée, soutenue. »

La fonte musculaire fait tomber Chantal à 40 kilos, mais petit à petit elle revient au monde, comme une renaissance. Elle réapprend à parler, à se nourrir.

« Je me souviens d’une infirmière qui m’avait fait à manger chez elle pour me l’amener le lendemain. Parfois des soignants me proposaient de petits défis à relever, et grâce à eux je progressais chaque jour.
Je tiens également à remercier mes collègues qui téléphonaient quotidiennement pour prendre de mes nouvelles et m’ont laissé de nombreux messages ».


Elle est transférée trois jours en soins intensifs, puis effectue un séjour d’un mois en maison de rééducation avant de pouvoir enfin rentrer chez elle. Une supplémentation en oxygène à domicile est tout de même nécessaire pendant six mois. Un parcours hors du commun pour refaire surface, recouvrer ses capacités physiques et une vie normale.

« Je faisais une minute de vélo, et c’est comme si j’avais gagné un trophée ! »

Pendant un an et demi Chantal n’a pas pu parler de cette expérience. Retourner dans le service de réanimation serait pour elle, qui s’en est sortie de justesse, une épreuve très difficile. Et pourtant elle aurait tellement voulu remercier les équipes ! C’est donc avant tout à elles que ce témoignage est dédié. A chacune des personnes qui étaient là pour elle, tous grades confondus.

 « Je leur dois la vie. Pas seulement grâce à leurs compétences et aux soins qu’ils m’ont apportés, mais aussi parce qu’ils savent que la relation au patient ça compte, vraiment. »